Prenez le temps de lire ces lignes si votre emploi du temps le permet et n’hésitez pas à ne prendre du temps que pour cela. Le temps ne dure qu’un temps, profitez-en.
Il y a ceux qui savent.
Ceux qui sentent.
Ceux qui ont du nez.
Ceux qui, par expérience, par expertise, par assurance, savent. Ceux qui, par la fonction qui est la leur, ne peuvent pas se tromper.
Tous ceux-là n’ont pas besoin de temps.
Ils savent.
Et ne se trompent jamais.
Le bol.
Et l’avantage de ne pas avoir besoin de temps est tout simplement de ne pas en perdre. Et ça tombe bien parce que le temps, paraît-il, est avant tout de l’argent.
Dans nos métiers, le temps est omniprésent. Il est contrainte, il est deadline, il est charrette, il est pression, il est timesheet, il est facture. Nous passons notre temps à chercher du temps. Pour tel projet, tel client, tel profil. Et il ne s’agit pas d’en perdre une miette de ce temps. Il est si rare.
Alors ceux qui savent, vous imaginez comme ils sont précieux ?
Tellement précieux
qu’ils
n’existent
pas.
Les fulgurances
Alors évidemment les fulgurances existent. L’intuition aussi. L’expérience qui oriente les idées. La big idea qui tombe sans prévenir et qui fait mouche. Mais à ce compte-là, combien de fulgurances pour combien d’idées qui restent ?
Les fulgurances sont le produit de la société du spectacle de l’idée. Cela permet de mettre en scène la créativité en faisant croire qu’elle n’est qu’une histoire de talent. Il n’en est rien évidemment.
Mais les fulgurances plaisent. Les brainstormings plaisent. Ils permettent de brasser toute une série de « fulgurances » que l’on oublie trop souvent de jeter. Les fulgurances plaisent parce qu’elles font partie de cet imaginaire. Et que l’on a besoin d’histoires pour avancer.
Et surtout,
surtout,
surtout,
les fulgurances permettent de ne pas perdre de temps. D’avancer tout de suite. Et ça tombe bien parce que le temps, paraît-il, est avant tout de l’argent.
Mais je ne souhaite pas vous parler seulement d’idées ici, je vous parle de connaissances, de savoir et surtout de relation à long terme et d’engagement.
Trop de temps
Remise en question, doute infini, voire même procrastination. Le temps, quand il est trop pris, a mauvaise presse. On l’accuse de tous les maux. De détruire les certitudes, de ralentir, d’empêcher, de casser la productivité qui devrait être la nôtre. Nous sommes sur la route et nous devons aller vite, très vite. La vitesse, voilà ce qui est important. Tout, tout de suite. Ne pas attendre, surtout ne pas attendre.
Tout est tourné vers ce gain de temps aujourd’hui (hier aussi). La fibre, Deliveroo, vos courses en 5 min, 150 devis dans la minute, commandé le matin et livré l’après-midi, 2 min au micro-ondes. Nous passons notre vie à nous croire en retard sur la suite.
Alors que « le temps est bon, le ciel est bleu, j’ai deux amis qui sont aussi mes amoureux ». Et tout, pas seulement le ciel bleu, pas seulement les amoureux, tout mérite que l’on prenne du temps.
Mais voilà,
le temps passe,
il n’est pas infini,
et surtout,
surtout,
le temps, paraît-il, est avant tout de l’argent.
Alors ralentir, rompre avec le temps que l’on s’impose est un exercice compliqué. Aussi compliqué qu’il est risqué de ne pas savoir (bien) l’utiliser, ce temps.
Le non-temps
Cette période de rien, de vide, le non-temps est un moment qui semble impossible à toucher aujourd’hui dans nos métiers. Le non-temps est une distance, un moment de rêverie loin de tout et surtout loin de ce que l’on cherche.
Procrastiner, marcher, ne rien faire. Chouette programme. Attendre. Attendre encore. Et penser, ne faire que ça. Dans une zone de son cerveau où le temps n’existe pas.
Le non-temps pour créer une distance et permettre d’associer les idées les unes aux autres, sans jamais penser à la deadline, sans jamais penser à l’objectif, en ne pensant qu’à rien.
« La pression oblige le cerveau à se concentrer sur les détails, ce qui active l’hémisphère gauche et bloque la vue d’ensemble. »
— Steven Kotler
Source : Business Insider
Est-ce à dire qu’il n’y a aucun risque à ne pas savoir l’utiliser ce temps ? Est-ce à dire que la pression, le dernier moment, le « Désolé de ne pas vous laisser plus de 2 jours » risque de faire s’envoler les vraies bonnes idées ?
Hum, embêtant, parce que le temps, paraît-il, est avant tout de l’argent.
Attendez. Cela veut dire qu’il faut en prendre pour en gagner ?
Le temps en commun
Voilà ce qu’il nous faut. Du temps en commun. Du temps de rencontre, d’immersion, de débat, d’écoute, du temps de discussion, d’échange, de votre problématique, de tout, de rien.
Pour vous comprendre, vous connaître, pour être sûr de tout prendre en compte et de ne laisser personne sur le bord de la route.
Pour vous, à ceux qui savent, nous préférerons toujours ceux qui savent un peu et qui apprennent, se renseignent, essayent de comprendre, cherchent, doutent, se remettent en question et surtout qui se rassemblent. Nous les préférons parce qu’ils savent qu’ils ne savent pas. Contrairement à ceux qui savent qu’ils savent ce qui les empêche de savoir qu’ils ne savent pas...
Bref, du temps ensemble, à ciel ouvert. Du vrai temps. Ni trop, ni pas assez. Du temps nécessaire pour tous les projets qui méritent ce temps.
Le temps, souvent, sert finalement à en faire gagner.