Alors oui évidemment, je sais ce que vous allez me dire. Vous allez me dire que vous n’y êtes pour rien. Mais je n’y suis pour rien bon dieu. Évidemment vous n’avez pas poussé cet homme à faire ce qu’il a fait. Oui. Évidemment. Même si bon, vous savez, Non je ne sais pas, vos discours ne sont pas si anodins, vos idées pas si innocentes et votre vocabulaire un brin orienté, Mais pas du tout ils sont réalistes, oui oui ok si vous voulez. Mais vous avez raison, vous n’y êtes pour rien. Et d’ailleurs vous ne connaissez pas cet homme qui embrasse d’ailleurs des thèses immondes, ce qui n’est évidemment pas votre cas. Évidemment. Après, vous serez de mon avis, ces thèses, elles prennent leurs sources, ah non ? Non vous n’êtes pas d’accord. Ok oui pardon. Après on ne peut pas nier que. Ah si on peut le nier. D’accord. Alors on peut tout dire, tout faire et hop lever les mains « ce n’est pas moi ». Non on ne peut plus rien dire justement ! Vous trouvez que je caricature ? Pas faux. Mais si j’ai mal appris à mon fils à dire bonjour, quand un adulte lui dit bonjour et que lui ne répond rien, c’est moi qui ai honte, pas lui. Je caricature ? Sans doute, mais je ne peux m’empêcher de me dire que quand on répète à tout bout de champ que certains sont légitimes et pas d’autres, ceux qui se disent légitimes pourraient aisément penser que ceux qui semblent ne pas être légitimes n’ont aucune légitimité à…
Et vous là, vous allez me dire qu’il faut employer les bons mots enfin, tout de suite, sans attendre, sans comprendre, sans sans sans. Parce que tout est histoire de mots. Parce qu’il faut accuser tout de suite. Et dire dire dire les faits, même si ces faits, personne ne les connaît encore. Si on connaît les faits, il a avoué et il a dit pourquoi. Oui c’est vrai il a avoué, alors il faut condamner vite, crier notre haine de ceux qui se nourrissent de la haine. Pourquoi ? Qu’est-ce que cela changera ? Pourquoi en faites-vous un combat ? La vérité n’a pas plus d’importance que la revendication ? Est-ce que c’est forcément la faute de tout, de lui, de l’autre et il faudrait les empêcher ?
Moi je suis là, et je regarde tout ça et je ne sais pas. Le monde est un combat, la haine renvoie à la haine et rien d’autre ne reste. Il n’y a plus de débats, plus d’idées, il n’y a que les opinions qui ne se laissent pas une seule seconde avant d’être posées. Il y a les avis contre les avis et rien ne leur permet de se rencontrer.
J’aime ne pas être d’accord. Mais plus personne n’en semble capable. La société n’en est plus capable. La politique l’a pervertie en traitant chaque sujet comme une bombe, elle s’est servie de toutes ses aspérités pour creuser des tranchées. Et nous, bien que nous détestions être mis en boîte, rentrons souriants dans ces trous béants qui nous donnent l’illusion de faire partie d’un camp. Le camp de l’un contre le camp de l’autre. Et rien ne peut les réconcilier.
J’aime ne pas être d’accord.
Et la nuance me manque. En temps de paix, de crise, d’élection, de revendication, de victoire, de joie, de peine, de fête, de glande, de rien, de tout, la nuance me manque.
Je n’ai pas raison de n’avoir pas tort, je veux du débat.
Et de la nuance.
Et que l’on veuille aimer.
Point.