Perfection chérie,
Beauté mon amour,
L’IA est là. Et toi, que deviens-tu ?

L’IA a bousculé nos habitudes. Tant mieux. Les réunions d’idéation qui tournent en rond méritaient bien un coup de pied dans la table.

Avec elle, on cherche, on rate, on recommence. Puis une image arrive avec une lumière impossible, une texture douteuse ou une forme qu’on n’aurait jamais dessinée. Ce n’était pas prévu. On la regarde une seconde fois.

Pourquoi pas.

C’est ce moment qui m’intéresse. Pas la perfection. Le petit écart. Le ratage qui ouvre une porte au lieu de fermer le fichier.

Edmond de Belamy, le portrait flou d’Obvious vendu 432 500 dollars chez Christie’s, ne ressemble pas à une démonstration de maîtrise. Il ressemble presque à un souvenir mal imprimé. C’est sans doute pour cela qu’on le regarde encore.
obvious-art.com/portfolio/edmond-de-belamy/

Chez Refik Anadol, les données deviennent des masses, des couleurs, des hallucinations. On ne cherche plus à cacher la machine. On lui donne une salle entière.
refikanadol.com/works/machine-hallucinations-nature-dreams/

Dans 1 the Road, Ross Goodwin embarque une IA en voiture. Le texte produit déraille, associe mal, raconte de biais. Il n’écrit pas comme Kerouac. Heureusement.
usbeketrica.com/fr/article/l-intelligence-artificielle-va-bouleverser-notre-facon-d-ecrire

Ce qui compte n’est pas l’erreur en elle-même. Une mauvaise image reste une mauvaise image. Il faut quelqu’un pour voir l’accident, décider qu’il vaut la peine, puis le pousser plus loin.

L’IA propose beaucoup. Trop, souvent. Elle remplit l’écran avec l’assurance d’un stagiaire qui n’a pas lu le brief. À nous de dire non. À nous aussi de reconnaître le drôle de truc, là, dans un coin, qu’on n’aurait pas trouvé seuls.

La beauté ne sort pas automatiquement de la machine. Elle apparaît parfois dans la discussion. Dans le refus. Dans un pourquoi pas prononcé au bon moment.

Le presque parfait me va très bien.